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Les livres

Les désordres du travail

Philippe Askenazy

Editions SEUIL - 98 pages

Philippe Askenazy est économiste, chargé de recherches au CNRS.

Le travail ne va pas bien.

Enquêtes et reportages se succèdent pour souligner un malaise au travail dont le " harcèlement moral ", le " stress ", la " pénibilité ", voire la " souffrance " sont devenus le vocabulaire usuel. Un vocabulaire sous lequel se devine l'opinion commune : il y aurait, d'un côté, le travail d'aujourd'hui où l'on souffre psychologiquement, de l'autre, le travail d'autrefois (les " métiers pénibles ") où l'on souffre physiquement.

Philippe Askenazy montre que cette représentation est non seulement erronée mais d'un faible rendement explicatif. Erronée, car les pénibilités physiques augmentent en réalité plus vite aujourd'hui que la " charge mentale " au travail. D'un faible rendement explicatif, car elle renvoie trop rapidement à des mécanismes psychologiques et à des facteurs individuels ce qu'il faudrait en réalité imputer à l'organisation des entreprises. Bref, c'est à la vieille question des rapports entre le capitalisme et le travail qu'il faut revenir si l'on veut y voir plus clair.

L'approche économique permet tout d'abord de quantifier le problème. Aujourd'hui en France, ce sont chaque jour 2 000 personnes qui sont victimes d'accidents du travail nécessitant une interruption d'activité. Cette situation n'est pas seulement dramatique du point de vue humain, elle constitue également une aberration économique : le coût global de ces accidents, cumulé avec celui des maladies professionnelles, s'élèverait à 3% de la richesse nationale, soit l'équivalent théorique de plus de 10 jours fériés supplémentaires…

D'où vient le mal ? Il est en grande partie le fruit du nouveau productivisme qui a présidé à la réorganisation des entreprises depuis une quinzaine d'années. Dominés par la polyvalence, la responsabilité, l'autonomie…, ces nouveaux modes de production s'annonçaient pourtant comme une bonne nouvelle pour les travailleurs : ils étaient censés alléger la charge physique du travail, desserrer les liens hiérarchiques et faire droit à leur esprit d'initiative. Ce que l'on constate aujourd'hui, c'est que, faute d'avoir sérieusement intégré le facteur humain, ils ont démultiplié la pénibilité du travail.

Si l'Europe est largement touchée par ce phénomène, elle n'est ni la seule, ni la première : les évolutions qui la frappent aujourd'hui ont d'abord frappé les Etats-Unis. En effet, le nouveau productivisme est né outre-Atlantique avant de se développer en Europe. Mais le parallèle a ses limites, car les Etats-Unis sont aujourd'hui en voie de maîtriser le problème alors que les Européens le voient se développer dramatiquement sans réagir. Si les entreprises françaises avaient le niveau de prévention de leurs homologues américaines, ce sont 600 accidents par jour qui pourraient être évités, et une vie tous les trois jours qui serait sauvée.

L'exemple américain ne relève pas du miracle, mais de la combinaison de forces de marché très dynamiques et d'une liberté d'information infiniment plus grande qu'en Europe. Imagine-t-on, de ce côté-ci de l'Atlantique, que l'inspection du travail mette en ligne sur Internet les résultats de ses enquêtes en citant nommément les entreprises concernées ? Imagine-t-on que les assureurs en tirent des conclusions logiques et fassent payer lesdites entreprises ? Imagine-t-on que les salariés aient accès à ces dossiers et prennent par là la mesure collective du problème ? C'est pourtant la combinaison de tous ces facteurs qui a conduit les entreprises américaines à réévaluer l'intérêt de la prévention, de la sécurité, de l'ergonomie, du bien-être au travail.

Comparée à ce qui s'est passé dans le " temple du productivisme ", la situation européenne, et singulièrement française, est marquée par l'indifférence de l'Etat, l'insensibilité du patronat et l'atonie des politiques. Et, au total, par la casse humaine, d'un côté, et l'aberration économique, de l'autre.

Pénibilité au travail. Une approche par les processus d'usure et les itinéraires professionnels

NICOT (Anne-Marie) (coord.), ROUX (Céline) (coord.) avec contributions de S. Volkoff, G. Lasfargues, T. Coutrot, A. Jolivet, A. Touranchet, A. Thébaud-Mony, C. Torres, P. Freigneaux, P. Richard, B. Barthe, G. Herreros

ANACT (Collection Études et Documents)

Depuis la loi du 21 août 2003, une négociation nationale interprofessionnelle sur "la définition et la prise en compte de la pénibilité" est en cours. Elle porte principalement sur la définition des conditions d'un départ anticipé en retraite, en raison des caractéristiques spécifiques de pénibilité de l'activité de travail. C'est le versant “réparation“ de la notion de pénibilité. Mais la question de la "pénibilité" se pose aussi en termes de “prévention“ : comment mettre en place des conditions de travail, et de parcours professionnel, qui permettent de préserver au mieux la santé de chacun, quel que soit son poste. Et cette question constitue un enjeu social d'autant plus important avec l'allongement des carrières professionnelles.

La “pénibilité“ est donc une question à multiples facettes. Cet Etudes et Documents, fruit d’un séminaire scientifique organisé en septembre 2007 par le réseau ANACT, a pour objet de rendre compte de ces différents angles d'approche.

Téléchargeable gratuitement sur site ANACT 101 pages www.anact.fr (onglet « Médiathèque » Études gratuites)

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